dimanche 12 mai 2013

Cimetière juif, currywurst et fistfucking

(va-t-elle une fois de plus décevoir nos attentes avec ce titre râcoleur?)

Ma journée a commencé par un cauchemar. Je ne me souviens plus vraiment du contenu, et puis les gens qui font des articles emo pour raconter leur rêves ça me barbe profondément, donc je vais pas me mettre à faire pareil. Si tu veux absolument savoir, je crois que c'était une histoire de cow-boys. Quoiqu'il en soit, je me suis réveillée en sursaut, à deux doigts d'étouffer, comme si je venais de faire un tour de terrain (pour moi qui ne possède même pas de vraie paire de chaussures de sport, un tour de terrain c'est beaucoup. C'est d'ailleurs une des seules choses dont je me souvienne du collège, les tours de terrain. J'ai l'impression qu'on a fait que ça pendant trois ans. Des concours de lecture, des échanges de cartes Pokémon et des tours de terrain. Le stade autour duquel on courait, à Sarralbe, était au milieu de nulle part, à dix minutes de marche du gymnase. Les gosses de forains de la classe avaient des survêtements Kappa ou Umbro, ils étaient tous gras du bide, ils crachaient par terre en faisant des gestes de kung-fu au lieu de prendre leur pouls comme le prof nous avait dit, et après avoir démarré comme des sprinteurs, ils ralentissaient la cadence et se laissaient dépasser par les filles pour mater leurs petits culs moulés dans le coton. Et le jour du test de Cooper pour lequel on avait passé tout ce temps à se mettre en condition, cette petite bande de mecs l'a fait en marchant, clope au bec. C'était la parenthèse "Fin de siècle dans un collège de campagne", merci de votre attention). Donc, je me réveille le souffle coupé après ce cauchemar, et je manque de faire une attaque en sentant une présence dans ma chambre. Puis je me souviens que j'héberge une couchsurfeuse. J'écoute sa respiration lente, je me calme, je vais faire pipi. Tout va bien. Je passe ma matinée avec elle, la promène dans mon quartier, lui montre mes endroits préférés (le cimetière juif, la Knaackstraße et le Kollwitzplatz, la fontaine du parc de Friedrichshain). Après avoir fait cours en début d'après-midi à une de mes élèves préférées (je l'aime bien parce qu'elle a de petites mains grassouillettes très puissantes, toujours un peu sales, et puis elle aime bien taper sur le piano, elle rit beaucoup, elle est curieuse. Je prie pour que l'adolescence ne fasse pas d'elle une Kirsten Stewart),
 (fin de la parenthèse Kirsten Stewart)
j'ai rendez-vous avec Culie. Je suis un peu en avance, je traînasse le long de Eberswalder Straße, et là, j'entends l'appel de Konnopke. J'essaye de manger un peu plus sainement en espérant convaincre ainsi le petit troll en graisse que je porte dans mon ventre depuis cet hiver qu'il n'a plus rien à faire ici, j'essaye de l'étouffer avec une alimentation riche en fibres, mais là je me sens faible, l'huile de friture agit sur moi comme un puissant aphrodisiaque et je me retrouve à faire la queue devant la baraque à saucisses la plus connue de Berlin. Crois-moi ou pas, en deux ans et demi dans cette ville, je n'ai encore jamais mangé de currywurst. Eh bien voilà. C'est délicieux. C'est délicieux comme une assiette à soupe de carbonara avec 150g de parmesan, comme un cupcake au chocolat recouvert de crème au beurre avec un coeur en nutella, comme une sucette au saindoux. La saucisse est tendre, je n'ai quasiment pas besoin de mastiquer les rondelles prédécoupées, imbibées de ketchup, elles glissent toutes seules dans ma gorge. J'ai la glotte visqueuse, la poudre de curry me chatouille le fond du nez, je mange quelques frites, elles sont parfaitement craquantes, pas trop salées. Plus encore que le goût lui-même, c'est cette combinaison de textures qui me donne envie de piaffer de plaisir. Culie me rejoint pour partager cet orgasme. Le temps se couvre, le vent se lève, l'air est lourd, les gens s'agitent sur les terrasses, ferment les parasols, mais nous on a notre saucisse, il ne peut rien nous arriver. Pour digérer, on va s'asseoir chez Nothaft Seidel, un beau petit café sans prétention un petit peu plus loin dans la Schönhauser Allee qui fait de très bons scones (ENORMES).
Le soir, j'ai rendez-vous avec une belle fille en robe verte que je ne connais pas encore et qui m'emmène à une pendaison de crémaillère chez quelqu'un que je ne connais pas non plus. L'atmosphère est très chaleureuse, les gens affables et intéressants, je rencontre, pêle-mêle (j'aime bien raconter les trucs pêle-mêle, tu as déjà remarqué?), une Ukrainienne qui me raconte ses histoires de sites de rencontres, un galeriste à lunettes minuscules qui a la même voix que Bonaparte, une Française qui porte le même prénom que moi et à qui, possédée par le démon du mojito, je propose de fusionner comme ça, un beau Slovène avec qui je mets en pratique mes 8 mots de vocabulaire ("j'ai soif") et une Nicaraguayenne aux yeux de chat avec qui, après de courtes présentations, je me retrouve allongée sur un grand pouf à discuter des bienfaits et des dangers du fistfucking. On s'efforce de parler à voix basse, mais on a toutes les deux du mal à s'exprimer sans faire des gestes avec les mains. Discrétion : zéro. Classe : zéro.


(appel : est-ce que quelqu'un a envie de m'offrir un scanner pour mon anniversaire, dans deux semaines?)

3 commentaires:

  1. du lourd, de la métaphore alimentaro-sexouel, de la sortie nocture, je cherche mon stemp approval.

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  2. J'ai bien aimé ta description de la Currywurst (que je n'aime pas, elle, en revanche), justement parce que l'on n'arrive pas à savoir si tu l'apprécies vraiment ou non.

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