C'était déjà la fin de l'été dans le village de mes parents. Le VW One Club, une congrégation locale d’aficionados des vieille Golf, avait privatisé le parking de l'école primaire pour y installer une buvette, un groupe vaguement rock (les Purple Velvet) qui carburait aux reprises de tout et n'importe quoi tant que ça avait été disque d'or, et une flopée de vieilles bagnoles plus ou moins rutilantes devant lesquelles tata se faisait prendre en photo, elle avait sorti ses talons en léopard pour l'occasion, ceux qu'elle avait trouvés en soldes chez Josette Nagel à Puttelange deux étés plus tôt mais qu'en fin de compte elle ne portait jamais à cause de son hallux valgus, et puis là elle s'était dit que c'était enfin le moment de les étrenner, alors forcément, c'était pas commode sur le terrain vague avec tous les terriers de musaraignes et de campagnols, mais bon, elle faisait son petit effet, ça rendrait bien sur les photos, et peut-être même qu'elle se ferait taguer sur la page facebook du club automobile. Il y avait plein de bouledogues français, un lapin domestique tenu en laisse qui pissait épisodiquement dans les bras des enfants qui voulaient lui faire des caresses, beaucoup de blonds habillés en cuir et un certain nombre d'hommes à bananes vaguement rockabilly. Et au cœur des événements, sous la tente, si tu cherchais bien entre les kékés et les innombrables petits-cousins de kékés, tu pouvais m'apercevoir en train de boire un Picon avec un vieux camarade qui me racontait ce qu'étaient devenus les autres enfants de notre classe.