lundi 27 août 2012

Wohngeld

Non, ce n'est pas mon mémoire de master mais ma demande d'allocation au logement.

Ça fait un sacré bail que je suis étudiante quand même. 7 ans. 7 ans pendant lesquels je me suis habituée à "manger" au RU (les guillemets, c'est pour le riz poussiéreux, la purée en sachet, la béchamel systématique, les haricots filandreux, la palette à la diable en carton, les frites molles, le pain dur et les carafes qui sentent le cul) (c'est pareil à Berlin, t'inquiète), à aller au cinéma pour 4,50€ et au musée pour rien ou presque, à boire des pintes en toutes circonstances et à n'acheter mes livres que chez les bouquinistes. Bref, à être pauvre. Et donc, à me sentir comme un soir de réveillon chaque fois que tombe mon APL.

A Strasbourg, je suis allée une fois au Crous après mon bac, avec maman (enfin : derrière maman. Je venais d'avoir 17 ans, j'étais en rébellion), on a signé un papelard, plaisanté avec la grosse dame de l'accueil et pendant les 5 années à suivre, je ne me suis plus occupée de rien, mes 160 et quelques boules me tombaient toutes cuites sur le livret bleu chaque début de mois.
Et je suis arrivée à Berlin.

Quand tu emménages à Berlin, la ville t'offre un chèque de 100€. Juste comme ça. Pour t'aider à t'installer. Tu te dis que c'est chou, qu'ils sont trop sympa ici, que ça va être la fête du slip. Pendant deux semaines c'est le cas, et une fois que tu as cramé tes 100€ en tables Lack, en lampions de papier et en pintes, tu rigoles un peu moins et tu vas mendier une aide au logement au Bürgeramt (la mairie de quartier).

Pour constituer un dossier d'APL à Strasbourg, j'ai dû remplir un formulaire sur lequel je disais que je gagnais 0€ par an, que j'étais étudiante, et que j'habitais rue Schnitzler. Quand j'ai eu un petit boulot, j'ai envoyé quelques feuilles de paye à la CAF qui a gentiment accusé réception et a continué de me verser mes sous.

Ici, j'ai dû remplir un formulaire de 6 pages où on me questionne sur mes enfants handicapés, mes ressources agricoles et mon statut de victime de crimes nazis, un formulaire de 2 pages où doivent être déclarées toutes les sommes que j'ai perçues les 12 derniers mois (salaires, bourses, intérêts, pourboires) et un formulaire qui détaille les éventuelles prestations du BAföG (une bourse de l'Etat) auxquelles j'ai droit.
A ces formulaires, j'ai dû joindre une copie de mon passeport, une copie de ma carte d'étudiante, une copie de ma Anmeldung (le justificatif de domicile), une copie de ma Freizügigkeitsbescheinigung (un document qui certifie que je suis citoyenne européenne et que j'ai le droit d'habiter et de travailler en Allemagne), toutes mes fiches de paye des 6 derniers mois, un formulaire rempli par mon employeur, des copies d'extraits de comptes pour prouver que je paye moi-même ma sécurité sociale et mon loyer, une lettre de ma mère qui déclare sur l'honneur m'apporter un soutien financier de 300€ par mois pour le loyer, un certificat de l'administration du BAföG qui garantit que je n'ai droit à aucune aide à cause de ma nationalité, une copie de mon contrat de location et une copie du détail de mes charges pour l'année passée.

Ah oui, et il faut renouveler entièrement la demande tous les 6 mois.

mercredi 22 août 2012

(Source)
Ce matin, j'ai vu un homme fumer du crack dans la rue, une femme russe m'a douché les amygdales en me tutoyant et un homme accoudé à une fenêtre près de Hackescher Markt m'a paru si malheureux que j'ai cru qu'il allait sauter.

jeudi 9 août 2012

Hier, j'ai dit à une élève qu'elle me tapait sur le système. Que son défaitisme permanent me sortait par les trous de nez. Est-ce que je l'ai vexée? Le soir, en mangeant un plat ski-lankais très épicé, j'ai parlé à mes parents de mes états d'âme, de mes angoisses, de ma difficulté à trouver une voie, ou plutôt à me poser des objectifs. Mon père m'a répondu qu'il ne comprenait pas un mot à ce que je radotais, qu'il avait l'impression d'assister à un mauvais feuilleton allemand. Que j'avais des soucis d'enfant gâtée. Est-ce qu'il se rend compte à quel point il m'a blessée?

vendredi 3 août 2012

Transports en commun

Il pleut. La S-Bahn sent terriblement mauvais, malgré les vitres entr'ouvertes. Je m'assieds à la seule place encore libre, sur un strapontin coincé derrière les VTT d'un couple de cyclistes hollandais dont les cuissards enferment sans doute depuis beaucoup trop longtemps leurs parties génitales en sueur. A ma gauche, un post-adolescent avachi en t-shirt mauve tient dans ses doigts boudinés un sachet de chips de crevettes qu'il se colle une après l'autre sur le bout de la langue, puis les mastique la bouche ouverte. Ses mains et son menton sont huileux et parsemés de miettes. Le sachet ballotte entre ses grosses cuisses. Il est nerveux, ses pieds s'agitent sous son siège, chaque mouvement fait remonter à moi les effluves de ses chaussettes détrempées qui fermentent dans ses baskets. En fermant les yeux, cette odeur chaude et douceâtre de fromage à raclette pourrait m'ouvrir l'appétit, mais là je viens de manger un taboulé aux aubergines qui ne passe pas. Le mec se lève un peu avant Hauptbahnhof. Son strapontin qui se replie m'envoie une dernière vague de miasmes, je réprime mon haut-le-coeur en serrant les dents et cet imbécile me sourit avant de sortir de la rame. J'ai une touche! J'ai la gerbe, mais j'ai une touche!

mercredi 1 août 2012


En remontant la Pannierstraße en direction du canal après un petit-déjeuner typiquement Kreuzköllnois (=des pancakes au maïs dans une cantine australienne) (vachements bons d'ailleurs) (avec des tomates séchées, du bacon, de l'avocat, de la mâche) (Melbourne Canteen, au numéro 57 de la rue), nous découvrons un grand carré de jardins ouvriers déserts. Il y a des pivoines, des roses trémières, des fleurs des champs aussi, et des arbres fruitiers aux branches surchargées de poires, de pommes, de quetsches. Pendant que mon amie me prend en photo dans l'allée centrale en me posant des questions farfelues pour me faire froncer les sourcils et me crie : "PLUS RAIDE!", "OUVRE LES YEUX!", "MAINTENANT!", deux vieux messieurs en claquettes émergent d'une cabane et sortent se poster sur le petit chemin, bras croisés, ventre sorti, pour nous observer d'un air chafouin. Nous décidons de nous en aller. En arrivant à leur hauteur, mon amie les complimente sur leurs jardins et leurs belles fleurs, à quoi l'un des deux pépés nous répond, jovial : "Ja, Arbeit macht frei!" (j'ai besoin de traduire?). Nous rions jaune et prenons la fuite.
J'ai la panse bien remplie, il paraît que le henné me va bien et il y a un nazi dans le jardinet.