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dimanche 10 janvier 2016

Nostalgie du non-style

De temps en temps, quand je prends le métro à Paris et que s'étale sous mes yeux une masse uniformément grisâtre d'hommes interchangeables - barbe de trois jours, lunettes d'écaille, épaisse chevelure brune disciplinée avec soin, caban, souliers, slim - et de femmes élégantes même dans la négligence, j'ai la nostalgie des vieilles galeristes farfelues de Charlottenburg et des étudiants en ingénierie de la TU fagotés comme l'as de pique.

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C'est comment, pour vous, quand je colorise un dessin à l'ordinateur ? Ça vous plait ? Vous préférez mes trucs artisanaux au crayon de couleur ? Vous vous en branlez ?

dimanche 4 janvier 2015

Le tableau était presque parfait

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Dialogue épié dans un restaurant de Hinsingen (Bas-Rhin), cachée derrière une assiette gargantuesque de charcuterie. Le monsieur de droite mentionnait sans arrêt ses excès d'alcool et de viande rouge, suite auxquels il avait attrapé une maladie appelée "Cas Machete" (ou "Kama Chété"?). Ce n'est qu'après plusieurs évocations de ce mystérieux syndrome que j'ai compris qu'il parlait en fait de son taux de gamma-GT.

mercredi 22 octobre 2014

La délicatesse

Court interlude berlinois, juste le temps de voir les amis, une expo sur les mouches (kikoo) et un vieux professeur du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou dont la méthode pédagogique consiste à frapper dans ses mains en ahanant "More! More! Moooore!". Berlin, cette vieille allumeuse, s'était mise sur son einunddreißig pour l'occasion et n'a eu de cesse de me dégueuler du soleil, de la brise tiède et des couleurs saturées (bleu, jaune, brun, vert), écrin idyllique au cœur duquel me sont apparus ces deux ambassadeurs de l'amour à l'allemande.


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samedi 20 septembre 2014

Dreizehn

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Des gamines entre deux âges, s'amusant à malaxer une banane en caoutchouc, avec un iPhone blanc à l'écran éclaté qui dégueule de la pop pleine de vitamines.

mardi 28 janvier 2014

Apologie du croissant en tant que condition sine qua non du bonheur humain

La foule massée sur le quai de la S-Bahn tremblote en chœur, les anoraks hors de prix et les panoplies de sous-vêtements en tissus technologiques ne parviennent pas à isoler complètement les organismes du vent âcre qui souffle dans le hall de la gare d'Alexanderplatz. Sur les grandes baies vitrées, l'épaisse couche de crasse qui obstrue la vue est parsemée de vastes plaques de givre dont la blancheur éclaire le quai d'une lumière inhabituelle.
Il fait -12°C, l'hiver est arrivé à Berlin.

Une jeune femme debout à côté de moi vient de s'acheter un croissant, elle tient précautionneusement le petit sac en papier entre ses moufles et en observe le contenu avec les yeux qui salivent. Le bas de son visage est enfoui dans une écharpe noire pelée en polaire, sous la veste de ski rigide, on devine la cage thoracique creusée, les épaules rentrées, le petit ventre plat, le bassin étroit. La S-Bahn arrive dans une bourrasque de vent glacial et soulève les longs cheveux légers de la jolie petite chose qui vient frotter son nez du bout des moufles avec un geste de raton-laveur. Elle entre dans la rame d'un pas fragile en fixant intensément le sol comme s'il risquait de s'y trouver quelque bestiole en voie d'extinction, et vient s'asseoir en face de moi. Le train démarre, la jeune fille enlève ses gants. De ses maigres mains rougies par le froid (ou peut-être un TOC hygiéniste ? ), elle ouvre le sachet pour en extirper une extrémité de son croissant. Et là où toute personne affamée et transie se serait jetée goulûment sur cette miraculeuse source de gras et de sucre, la petite chose phasmatique arrache à présent un morceau de croissant du bout des doigts puis le dépose sur le bout de la langue, le mastique consciencieusement et, au moment d'avaler, rentre la tête dans sa vilaine écharpe noire d'un air coupable. Chaque bouchée qu'elle arrache au croissant semble lui coûter une énergie considérable, elle ne se sert que de son pouce et de son index et, dans l'effort, ses autres doigts se replient selon un angle ridicule, comme des brindilles sous l'effet d'une trop grande chaleur.

Ah ma pauvre, comme tu as du te sentir dévisagée dans ton festin d'oisillon ! Mais c'était plus fort que moi, à la fois fascinée et horripilée, je ne pouvais pas détacher mon regard de ce spectacle miniature. J'ai essayé de ne pas te haïr, de te prendre en pitié, plutôt, car quelle tristesse que ta condition de fille qui ne mord pas dans les aliments ! Songe-donc à ces huit incisives et ces quatre canines (quelles belles dents, les canines ! ) sacrifiées sur l'autel de la coquetterie ! Quel gâchis ! Oh comme j'aurais aimé te conter tous les plaisirs dont tu te prives ainsi, triste sotte ! Mais mal embouchée que j'étais, du fiel plein la tête et l'estomac au bord des lèvres, tout ce que j'ai su faire, c'est te jeter des regards dédaigneux et maudire ton engeance, celle des filles mignonnes qui picorent, qui commandent une salade au restau italien, qui, quand elles ont bu une pina colada et prennent des photos délire avec leur bestah, ont deux grimaces à leur répertoire : loucher et tirer la langue (mais pas trop), ces filles qui portent leur bonnet mou sur l'arrière du crâne pour mettre le joli ovale de leur visage en valeur, qui éternuent par le nez avec un petit bruit de chiot (d'ailleurs, ces filles ont toujours des petits nez ! ), qui pensent que savoir endurer les douleurs menstruelles et l'épilateur électrique fait d'elles des femmes fortes mais considèrent qu'en contrepartie de ça, elles méritent d'être traitées comme des princesses par leur mec (ne riez pas ! Je vous jure que j'entends ce genre de discours même parmi des gens très instruits ! ), qui t'assurent que le lait de riz c'est meilleur que le lait de vache et qu'un bon tofu grillé ça vaut tous les steaks du monde, bref, cette engeance dont j'ai une peur panique qu'elle me happe dans son joli siphon depuis que j'ai appris que mon foie était dans un sale état et qu'il fallait que je mette la pédale douce sur la gnôle, la viande, le fromage et les gâteaux. Dites-moi, est-ce que je vais moi aussi devenir mignonne si je change mon alimentation ? Est-ce que le soja ramollit le caractère ? Est-ce que c'est possible de danser toute la nuit sans vodka maté ? Est-ce qu'une nourriture saine diminue le capital sympathie ? 
Les amis, j'ai peur.

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Edith : Aristote, dans sa Poétique, me fait signe qu'il n'est pas trop d'accord avec ma vision des choses : 
"S'agissant des caractères, il faut viser quatre objectifs.Le premier est qu'ils soient bons. Comme on l'a dit, il y aura un caractère si les paroles ou les actes révèlent une détermination. Le caractère sera bon si cette détermination est bonne. Cela est possible pour chaque genre de personnage, car une femme aussi peut être bonne, et aussi un esclave, même si, de ces deux genres, l'un est plutôt inférieur, et l'autre tout à fait.
Le deuxième objectif est la convenance du caractère. On peut donner la virilité comme caractère à un personnage, mais il ne convient pas à une femme d'être trop virile ou trop intelligente."

mardi 14 janvier 2014

Kippchenpause

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(vu sur Alexanderplatz un lundi matin ensoleillé)

mardi 22 octobre 2013

Toute la vie sera pareille à ce matin...

Hey les marsouins, c'est l'été indien à Berlin ! Pour l'occasion, Steffen a décidé de repousser son rendez-vous chez le podologue et il emmène sa douce au musée. J'ai croisé les deux tourtereaux cet après-midi, dans la S-Bahn, vers Friedrichstraße.

Pour ceux d'entre vous qui ne parlent toujours pas allemand (mais quand allez-vous enfin vous sortir les doigts du cul ? ) : war ich schon = j'étais déjà.

petitmuseumfinal

jeudi 26 septembre 2013

Y'a des jours comme ça...

Que serait un blog sans un billet d'humeur commençant par "Y'a des jours comme ça..." ? Ça ne mériterait pas vraiment le nom de blog, tu ne trouves pas ? Ce constat m'a sauté au visage ce matin, pendant que je faisait caca (Samy, cet incipit t'est dédié), et il semblerait que la journée qui a suivi ait été chorégraphiée par quelqu'instance divine pour me donner matière à écrire ce billet d'humeur.

Constat sautant au visage de l'auteur (allégorie)
Donc : y'a des jours comme ça où j'ai envie de gazer des gens. Aujourd'hui, ils se sont tous donné le mot. Ça a commencé ce matin dans une librairie française où je me rendais, victime d'une crise aiguë de manque de BD, avec l'espoir d'y trouver de quoi calmer ma fièvre. Il règne dans le magasin une atmosphère chaleureuse qui invite à la promenade, je me balade d'étagère en étagère, je fouine dans des piles de fanzines, je feuillette des nouveautés de la rentrée littéraire, je ris bêtement devant des cartes postales de Wandrille, je suis agréablement surprise par tout ce que je trouve. Moi, une librairie française à Berlin, j'imaginais ça comme un dépôt éclairé au néon, un truc aseptisé plein de bouquins de la Pléiade et d'éditions GF bilingues de Thomas Mann à 16€ pièce, à cause des frais d'import, tmtc. Donc là, je suis ravie. Une vendeuse sympa m'accoste sur mon petit nuage pour me demander si je cherche quelque chose en particulier, et moi, toute grisée que je suis, je lui réponds : "Vous n'avez pas Gonzaï par hasard ?". A ces mots, comme si je venais de prononcer une formule magique, un vieux échalas en slim rouge émerge du néant et tonne "AH NON ! ". Je sursaute. Pendant le quart d'heure qui suit, ce grand type fagoté comme un fan de Téléphone m'expliquera par le menu pourquoi je suis une idiote de vouloir lire ce torchon d'arrogance germanopratine, et que si c'est pour persister à me vautrer dans ce genre de saloperies, c'est pas la peine de venir vivre à Berlin. Je suis prise de court, je me sens devenir rouge, comme on est samedi matin et que j'étais juste sortie pour feuilleter des bédés, je n'avais pas cru nécessaire de prendre mon sens de la répartie avec moi. Je tente de me défendre mais les ripostes de mon adversaire sont tellement cinglantes dans leur mauvaise foi que je ne peux rien faire. Je ressors du magasin le plus dignement possible, frustrée de repartir les mains vides et sonnée par cette bagarre à laquelle je ne m'attendais pas. Tu ne perds rien pour attendre, vieil ayatollah de la francophonie. La prochaine fois, je viendrai avec mes potes de Lichtenberg, on te pétera les dents à coups de XXI, on te bottera ton cul fripé avant d'y carrer quelques exemplaires de Schnock, puis on t'enveloppera comme un nem au porc dans tes affiches de SP38 et on te pendra au plafond jusqu'à ce que tu promettes de devenir un gentil libraire et de ne plus jamais donner de leçons aux gens. Peut-être qu'on te coupera un doigt ou qu'on te fera un nœud dans les couilles pour que tu te souviennes bien de ta promesse, je ne sais pas encore, on verra. Tu vois, je suis pas vache, je te préviens.

Je vais évacuer mon agressivité au piano et me défoule en tapant comme une brute sur les basses du Grand Tango de Piazzola pendant deux heures. J'ai l'avant-bras brûlant et des courbatures dans la paume, mais je me sens mieux. Je quitte ma salle, je sautille en fredonnant dans le grand escalier et vais rendre ma clé au concierge. C'est là que je t'ai vu. Tu étais devant moi, tu voulais prendre la clé de la salle 305. Tu portais un gilet en toile de jute, des Vans sans lacets trouées et sur ta tête trônait, emberlificoté comme une merde d'escargot, un énorme tas de dreadlocks. Tu avais des yeux rieurs derrière tes petites lunettes, et s'il n'y avait eu cette odeur persistante et âcre de sous-bois moisi qui émanait de ton gilet, je t'aurais bien tapé sur l'épaule en te disant yé, man. On aurait sympathisé, on serait allés fumer un petit bédo dans le parc aux lapins derrière la fac, on aurait fustigé le carriérisme dégueulasse qui règne chez les pianistes classiques et tu m'aurais raconté ton road trip en camionnette dans les Balkans, où tu déchargeais ton piano dans des petits villages au hasard de ta route et tu jouais des Préludes de Rachmaninoff en échange d'un bol de soupe et d'un bout de lard. Mais non, tu as ignoré ma présence et as préféré engager la conversation avec notre vieux concierge qui lisait tranquillement un bouquin. De ton ton le plus infantilisant, le même que tu prenais pour raconter des histoires aux gamins du village quand tu as fait ton séjour humanitaire au Bénin, tu as dit : 

"Oh ! Vous lisez un livre ! "

Le concierge a levé les yeux, t'a regardé, interloqué, et tu as poursuivi : "Je trouve ça vraiment bien, que vous lisiez un livre. On n'en voit pas souvent, des concierges qui lisent. La plupart du temps, ils ne font que regarder bêtement la télé dans leur loge. Non vraiment, c'est bien, continuez comme ça, il faut lire des livres". Le concierge commençait à être gêné, il s'est replongé dans son bouquin, mais tu as encore cru bon d'ajouter : "En plus, à votre âge c'est important de continuer à faire fonctionner le cerveau, et pour ça, la lecture, c'est idéal ! ". Tu ne saurais jamais qu'à ce moment, il y avait une fille, derrière toi, qui souhaitait ta mort. Bien sûr, si tu l'avais su, tu n'aurais probablement pas compris comment on peut s'énerver comme ça et m'aurais recommandé de prendre de l'huile essentielle de valériane et d'essayer la technique Feldenkrais pour apaiser mes tensions. Oh comme j'ai haï l'arrogance qui suintait de tous les trous de ton gilet, je t'ai haï au nom de toute ton espèce, celle des gens qui savent tout et ne peuvent pas le garder pour eux, celle des gens qui fond des expériences comme on fait un catalogue et se baladent à travers la vie avec ce savoir sous le bras, prêts à le dégainer dès que l'occasion se présente. Ouvre donc les yeux, ducon, et tu verras que le plus intelligent de vous deux, c'est ce concierge deux fois plus grand et gros que toi qui aurait pu te flanquer une rouste pour ton insolence mais qui a préféré se replonger dans son livre sans te répondre.

Je rentre chez moi, passablement irritée par cet épisode qui me conforte dans le mépris des babloches* que je porte en moi depuis cette colonie de vacances où Renaud (12 ans, torse nu sous sa salopette, cheveux longs, bracelet Sinsemilia) avait préféré danser les slows de la boum avec Stéphanie, qui portait des soutifs et avait des mèches rouges, alors que moi, dans mon t-shirt Käpt'n Blaubär, je me consumais d'amour pour lui.
Dans le tram, je me retrouve assise à côté d'une femme qui sent l'encens et porte des vêtements pleins de cordons, de tirettes, de poches et de pendeloques en feutrine. Alors qu'elle se plonge dans son livre électronique, une jeune fille handicapée vient s'asseoir en face d'elle. La fille fixe le gadget en louchant derrière ses lunettes épaisses. Sa frange a été coupée de travers, son menton est humide de bave, elle fredonne, se dandine sur son siège en tortillant une feuille de papier entre ses doigts et finit par dire d'une voix pâteuse mais intelligible : "Je peux te demander quelque chose ? ". La femme aux tirettes lève les yeux et retrousse le nez en voyant son interlocutrice.
"Hein, je peux te demander quelque chose ?
- Mmmh...
- Tu peux me dire quand on arrive à Knaackstraße ? Faut que je descende là, c'est là qu'il y a mon école. (elle déplie la feuille qu'elle tenait entre ses mains, c'est un papier qui détaille son nom, son adresse, explique qu'elle est handicapée, que son école se trouve à l'arrêt de tram Knaackstraße et qu'il faut appeler à tel numéro si elle se perd)
- Mmmoui d'accord, je te dirai.
- Ah super merci ! C'est encore loin ?
- Quatre stations, mais je te dirai quand tu devras descendre.
- Ah super ! Tu lis quoi ? C'est un livre ? J'ai vu ça une fois à la télé, c'est un livre sans papier, c'est ça ?
- Oui (lève les yeux au ciel).
- A l'école on a des ordinateurs. Ton livre c'est comme un ordinateur ?
- Pas vraiment.
- Et là, il y a encore combien de stations ? Je dois déjà descendre ?
- Non.
- Tu es sûre sûre ?
- (hausse le ton) Mais puisque je t'ai dit qu'on y est pas encore !
- Ah bon.
- (froncement ostensible de sourcils, grommellement)
- Ça t'embête que je te parle ?
- (soupir)
- C'est quoi la station là ?
- Mais lève les yeux, c'est écrit en gros juste au-dessus de ton nez, merde !
- Pardon, je sais pas lire.
- Ben alors ouvre tes oreilles, la voix vient de le dire : Metzer Straße !
- Quoi ?
- Parce que t'es sourde aussi ou quoi ??
- Oui, un peu, mais j'ai un appareil. Bon alors salut, je crois que je dois sortir à la prochaine, c'est juste ? Merci, et désolée, je voulais pas t'embêter. Désolée"
La petite chose à lunettes est sortie à son arrêt, tu n'as pas daigné lui répondre, même pas un au revoir. Au lieu de ça, tu t'es tournée vers moi en soufflant et en faisant les gros yeux. Je n'ai rien trouvé d'assez infâme à te dire, tu sais, j'avais laissé mon sens de la répartie chez moi ce matin, et puis j'étais fatiguée. Alors au lieu de me mettre en colère, je me suis sentie très triste, moins pour cette fille qui a peut-être déjà oublié l'incident que pour toi qui ne connaîtras ni ne susciteras jamais l'empathie.



* pour la définition du terme babloche, voir ici

vendredi 6 septembre 2013

Différence et répétition

La scène se déroule en fin d'une journée maussade, à la caisse du Norma de la gare de Lichtenberg.


« Tu veux qu'j'te baise ? »

Note : l'auteur du blog décline toute responsabilité quant à la dissémination hasardeuse des points de fuite sur ce dessin réalisé en état d’ébriété

mardi 3 septembre 2013

David, Hufelandstraße

La voix de David, sur mon répondeur, est claire et nerveuse. Ses mots sont soigneusement articulés, mais leur débit légèrement trop rapide ajoute à mon anxiété : est-ce là un signe d'exaspération, regrette-t-il d'avoir accepté ce rendez-vous? S'est-il finalement rendu compte qu'il y avait tout un tas de choses plus plaisantes à faire un jeudi après-midi ensoleillé que d'aller retrouver une quasi-inconnue avide de nouveaux visages sur la terrasse proprette d'un café sans histoire en plein cœur du Bötzowviertel, la pouponnière de Berlin? Je chasse ma paranoïa en tirant à grandes lampées sur une cigarette écœurante qui brûle mon palais déjà écorché par un sandwich à la croûte trop dure. 

J'ai trébuché sur le blog de David il y a quelques mois, lors d'une de ces promenades de lien en lien dont je suis incapable de me rappeler le point de départ. J'y avais lu un texte évoquant l'attentat aux spätzle commis près de chez moi sur une statue de Käthe Kollwitz, protestation symbolique contre la gentrification du quartier dont les salauds de riches souabes, qui, c'est bien connu, se nourrissent exclusivement de spätzle, seraient les principaux responsables (au fait, Spätzle veut dire petits zizis, tu savais?) (c'est drôle, parce que ma grand-mère faisait des espèces de quenelles qui s'appellent luleki, un mot d'argot slovène qui veut aussi dire bites) (c'est intéressant, hein??). J'avais appris pas mal de choses en lisant cet article, mais surtout, c'est la calme virtuosité de ces longues phrases sinueuses qui m'avait interpellée. Et puis l'habillage était sobre et beau, encadrant fermement le texte avec des menus colorés aux arêtes tranchantes sans pour autant polluer la lecture. J'avais ainsi dévoré plusieurs articles, fascinée par cette langue gracieuse capable de parler d'urbanisme et d'histoires de cul avec le même brio, et la découverte du profil facebook de David, où il s'affiche avec un air mauvais de petite frappe, avait achevé de me convaincre qu'il fallait que je fasse le portrait de ce personnage.

J'arrive au café, il n'est pas encore là. La rue est calme. Je feuillette la carte, je tripote la ceinture de ma jupe, je navigue sans but dans les menus de mon téléphone, je passe en mode silencieux puis en mode vibreur puis je personnalise le mode réunion pour finalement annuler toutes mes modifications.
David est en face de moi.

Voilà donc cet homme érudit qui m'a raconté la Villeneuve de Grenoble, le goût de merde dans sa bouche quand un sphincter aspirait sa langue, la destruction du Palast der Republik, les promenades dans un Prenzlauer Berg que je n'ai pas connu, cet homme que j'ai vu petit garçon, se faisant peigner par sa mère pour la photo de classe, et, quelques années plus tard, gobant une bite coiffée d'une chaussette crasseuse après s'être fait fourrer un pied dans l'anus. Je me sens comme une écolière un peu idiote, moi dont le cul a rarement accueilli autre chose que des spätzle des bites et des doigts, et qui n'ai jamais été foutue d'apprendre par cœur les différences entre les colonnes ioniques, doriques et corinthiennes.

Le torse de David est couvert de tatouages, quelques fleurs remontent le long de son cou. Sa joue est fraîche, je sens quelques bribes de savon mentholé, de sueur et de coton propre. Mon anxiété s'évapore instantanément. Nous faisons connaissance pendant trois heures au cours desquelles je macule mon bloc à dessin de croquis tous plus merdiques les uns que les autres, plus concentrée sur notre conversation qui louvoie entre Olivier Messiaen et l'architecture viennoise que sur mon crayon. Ce n'est qu'une fois la nuit tombée, en repensant calmement aux paupières et aux commissures des lèvres de David, que je parviens à saisir son visage. Le voilà :





David sait : parler russe, jouer du hautbois, que son profil gauche est le meilleur.
David ne sait pas : dessiner des flèches, refréner son enthousiasme pour William Blake, quoi faire de sa bouche.





lundi 12 août 2013

Mutter und Tochter

Deux beautés croisées en me promenant à Lichtenberg un dimanche après-midi morose.

Leck mich = Va te faire foutre (littéralement : Lèche-moi)

A part ça, tu as déjà vu les affiches du NPD pour les élections de cet automne? A Lichtenberg, elles fleurissent en haut de tous les lampadaires, hors de portée des arracheurs. Après la dernière campagne pour les municipales, où on pouvait voir un Udo Voigt (le chef du parti NPD jusqu'en 2011) goguenard en combinaison de cuir sur une moto, avec l'inscription "Gas geben!" ("Mettre les gaz!"), ou encore le "Guten Heimflug!" ("Bon (vol) retour!") qui accompagnait un moustachu, un noir et une femme voilée sur un tapis volant, la barre des jeux de mots pestilentiels était placée très haut. 


Cette année, les slogans infects sont toujours là mais ont été emballés dans un graphisme moins tape-à-l'oeil. Le logo aux lettre menaçantes enfermées dans un parallélépipède a été arrondi, la mention "Die Nationalen" a disparu, les points d'exclamation ont été abandonnés, la dominante de rouge et de noir qui rappelait le drapeau nazi est tempérée par l'apparition du jaune (et hop! ça fait le drapeau allemand!), la police de caractères tapageuse et vieillotte inspirée des grands titres de la Bild a été remplacée par des majuscules blanches sur fond noir qui font penser aux autocollants Wasted German Youth et autres flyers de soirées techno qui fleurissent partout sur les murs de Berlin, et à la place du prolo à moto, il y a une enfant, une jeune fille et une vieille femme respectivement trop chou, super bonne (si ton truc c'est les meufs sans sourcils) et apeurée qui demandent qu'on les protège du croquemitaine basané :

"Naturellement Allemande"
"Plutôt Marie que la charia"
"De l'argent pour mamie plutôt que pour les sinti et les roms"

jeudi 11 juillet 2013

Ma soirée avec un membre homosexuel du Ku Kux Klan

Il porte une cagoule en liberty!


Et sinon, il serait temps d'annoncer les résultats du concours, tu ne trouves pas? J'ai un peu tardé parce qu'il m'a été très difficile de faire un choix parmi toutes vos contributions très inspirantes.
Voici mon verdict :

1er prix (un dessin A4 et un paquet surprise) avec les félicitations du jury : Vince
2ème prix (un dessin A4 et une babiole) : Jacques
3ème prix (un dessin A5) : Gonzague
4ème prix spécial pas prévu au programme (un dessin A5) : Waldemar, parce que j'ai très envie de dessiner Juliette à la piscine.

Bravo à vous tous et vive la parité!

Envoyez-moi vos adresses postales en message privé (l'adresse est en haut à droite dans la barre latérale).

jeudi 4 juillet 2013

S-Bahn Girl - Cherchez l'Oxymoron

Scène véritable aperçue sur le quai de la S-Bahn, à l'arrêt Bellevue, coloriée en écoutant les Black Keys avec des feutres 10 ans d'âge ressuscités à l'eau minérale et numérisée pas très soigneusement avec un scanner offert par le gentil Trim.


mardi 2 juillet 2013

Une fable express au passé simple et de la saucisse Maya l'Abeille

Il y a quelques années, Antje avait un chat. Elle et Ronny, pour s'amuser, avaient décidé d'acheter deux souris et d'observer comment allait s'y prendre le chat pour les croquer. Ils étaient jeunes, ils vivaient en DDR, ils s'ennuyaient et les souris coûtaient moins cher que deux places de cinéma. Une fois arrivés à la maison avec les bestioles, ils se rendirent compte que quelque chose clochait avec l'une d'entre elles. Elle courait en rond dans sa boîte en carton et semblait avoir perdu tout sens de l'orientation. Ronny et Antje se dirent que ce serait cruel et injuste d'offrir un animal handicapé à leur chat. Mais malgré les soins qu'ils lui prodiguèrent (granulés, eau fraîche et petits cataplasmes en papier WC), la souris mourut d'épuisement au bout de deux jours. Heureusement, il en restait une deuxième. Elle fut lâchée sous le nez du fauve, qui, sans même daigner lui jeter un regard, s'en fut poursuivre sa sieste dans le buffet de la cuisine. Antje et Ronny réalisèrent alors que la souris peinait à se déplacer et avait l'air très affaiblie. Elle fut emmenée dès le lendemain chez un vétérinaire, qui leur annonça qu'elle avait un cancer et qu'elle était condamnée. Aucun des deux n'ayant le courage de lui tordre le cou, ils la remirent entre les mains du médecin qui l'euthanasia pour la somme de 19 Mark. Ronny s'emporta de ne pas avoir eu les couilles de lui donner un coup de talon et de la jeter dans les toilettes, Antje pleura un peu et aujourd'hui, l'histoire fait beaucoup rire leurs enfants.


jeudi 30 mai 2013

Verfremdungseffekt

Vu et entendu dans la Ringbahn.


Au cas où tu n'aurais pas reconnu la chanson, clique sur la dentition de Ninja :


Et pour finir, je te souhaite une belle fin de semaine avec ce garçon qui est tout content du contenu des barquettes en plastique qu'il s'apprête à manger. Bisou !

mardi 28 mai 2013

Sorry, what's the german for "rital"?

Ce matin, en revenant du Finanzamt où j'étais allée déposer ma première déclaration d'impôts (j'ai réussi à la remplir, putain, j'ai réussi!), je feuilletais mon carnet de croquis et suis tombée sur ce truc que j'avais esquissé il y a quelques semaines après avoir assisté à cette scène devant ma porte : j'attends de pouvoir traverser la route pour prendre le tram, une file de voitures ininterrompue descend la Prenzlauer Allee, ça avance au pas, ça peste, un motard italien freine un peu brusquement, dans la voiture derrière lui, le conducteur hurle des injures en tapant sur le volant, sur la banquette arrière, les yeux perdus dans le vague, Sven Marquardt, le videur du Berghain (tu vois qui c'est, non?).
Et donc, en rentrant chez moi tout à l'heure, j'étais en train de réfléchir aux couleurs que je pourrais donner à ce dessin, je suis montée dans le tram derrière une grosse dame en déambulateur et le type assis à côté de la porte s'est aussitôt levé pour lui laisser la place. Son geste s'est fait dans un grincement de cuir et de légers cliquetis, une odeur très forte de menthe, de liège et de crème Nivea m'a prise au nez, j'ai levé les yeux, merde alors, c'était encore lui. Je lui ai demandé d'arrêter de me poursuivre et me suis dit que tant pis pour les couleurs, c'était le moment de poster ce dessin.
Hop :



lundi 20 mai 2013

Le Maître et Marguerite

Dans le rôle du Maître, un gamin posté devant la petite échoppe d'une couturière, surveillant les allées en venues des passants mal réveillés sur la Prenzlauer Allee. A ses côtés, Béhémoth le farceur, ayant pour l'occasion pris l'apparence d'un grand caniche hirsute et crotté.


Et sinon, j'ai actualisé le Tumblr qui me serre de fourre-tout à dessins, tu peux y jeter un oeil ici.

mercredi 10 avril 2013

Berlin - Paris


(Berlin, Alexanderplatz, en descendant prendre la U8 - Paris, Belleville, sur la terrasse du café Folie's)

mardi 19 février 2013

Petit-déjeuner

Un dimanche matin ordinaire au Berghain.