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mercredi 2 mars 2016
lundi 22 février 2016
Trop cool la drogue
(Ironie de l'Histoire, les mecs que j'ai interviewés, c'était Moderat. Mais si, souvenez-vous)
dimanche 14 février 2016
lundi 4 janvier 2016
Noël en famille, Nouvel An chez le psy
J'aime écouter les récits des incidents diplomatiques de fin d'année dans les familles des autres. La tante qui finit en larmes dans le dressing, les torgnoles injustifiées, l'oncle éternel célibataire qui vient toujours se mêler de ce qui ne le regarde pas (=l'éducation de ses nièces), les vieilles rancoeurs qui débordent après la deuxième bouteille de Gewürtz, les débats voués à finir en engueulades, et quel délice quand j'apprends qu'untel a mis sur la gueule à untel pour une raison que tous les autres ont oubliée, ou qu'unetelle a quitté la ronde avant le fromage en claquant la porte, jurant comme tous les ans que c'était son dernier Noël dans cette famille de primates.
Mais il y a aussi les familles dans lesquelles les griefs restent enfouis quelque part au coeur des replis intestinaux, où ils fermentent jusqu'à sortir un jour sous la forme d'ulcères ou autres affections chafouines. Dans ces familles, la télévision reste allumée en arrière-plan pour meubler les silences, on parle des voisins ou de l'actualité musicale et on fait des jeux de mots pleins d'esprit, on ne se tape pas dessus mais on ne se prend pas dans les bras non plus. Voici un exemplaire de ce genre de famille ; un coup de baguette magique a rendu visible ce qui se passe dans les têtes de ces êtres évolués qui ont toujours le mot pour rire. Pendant qu'ils sont occupés à ne pas exprimer leurs émotions, la 2 diffuse un documentaire sur les renards polaires et une dinde est en train de rôtir au four.
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand, mais ne vous attendez pas à une lisibilité optimale, parce que c'est jamais évident déchiffrer ce qui se passe à l'intérieur de ces gens.

Mais il y a aussi les familles dans lesquelles les griefs restent enfouis quelque part au coeur des replis intestinaux, où ils fermentent jusqu'à sortir un jour sous la forme d'ulcères ou autres affections chafouines. Dans ces familles, la télévision reste allumée en arrière-plan pour meubler les silences, on parle des voisins ou de l'actualité musicale et on fait des jeux de mots pleins d'esprit, on ne se tape pas dessus mais on ne se prend pas dans les bras non plus. Voici un exemplaire de ce genre de famille ; un coup de baguette magique a rendu visible ce qui se passe dans les têtes de ces êtres évolués qui ont toujours le mot pour rire. Pendant qu'ils sont occupés à ne pas exprimer leurs émotions, la 2 diffuse un documentaire sur les renards polaires et une dinde est en train de rôtir au four.
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand, mais ne vous attendez pas à une lisibilité optimale, parce que c'est jamais évident déchiffrer ce qui se passe à l'intérieur de ces gens.
Mots-clefs :
émotions,
famille,
noël,
quotidien,
renard polaire
samedi 30 mai 2015
"C'est marrant, je t'imaginais pas du tout comme ça"
J'ai l'habitude d'être prise pour autre chose que ce que je suis. J'ai été à l'école dans un petit village, puis au collège dans une bourgade à peine plus étendue ; il y avait quelques HLM, un kebab, deux opticiens et pas mal de ronds-points généralement coiffés de sculptures douteuses. Le jogging s'y portait dans les chaussettes et la majorité des enfants avaient appris à conduire un tracteur avant même de savoir nouer leurs lacets. La Moselle profonde, quoi. J'étais celle qui portait des gilets en laine à l'époque des vestes de survêt Kappa, aux murs de ma chambre, il y avais des posters de Romain Didier, d'Agrippine et de l'OFAJ alors que chez mes camarades de classe, c'était plutôt les fiches chanson de Star Club qui primaient, je n'avais pas d'agenda mais un cahier de texte à spirales, et à l'âge des premiers bisous derrière les sapins de la cour de récréation, je construisais encore des temples en Légo. À la maternelle, je séchais une demi-journée de classe par semaine pour aller faire de l'éveil musical en Allemagne, où je dansais avec des foulards et j'apprenais à dessiner des clefs de sol. Je n'allais pas au catéchisme, je n'avais pas de pains au chocolat Pitch pour la récré, j'ignorais tout du Club Dorothée même s'il m'arrivait d'en regarder des petits bouts en cachette chez ma grand-mère, après le goûter. Je me suis habituée à être cataloguée comme la fille bizarre, ce qui ne m'empêchait pas pour autant, à l'école primaire, de jouer au basket et aux ennemis de la nature (un jeu qui consistait à arracher les feuilles des arbres et à écraser tous les insectes qui se trouvaient sur notre passage) avec les garçons. De loin, j'essayais de comprendre comment faisaient les filles populaires pour être populaires, je décortiquais leurs tenues, j'en faisais des croquis à la maison, je récupérais de temps en temps un vieux OK Podium et j'essayais d'en apprendre par cœur le contenu, je rêvais de baskets Fila et de t-shirts au dessus du nombril. J'étais estampillée ringarde, et ça me rendait dingue.
Plus tard, j'ai changé de collège pour un établissement dans lequel je ne connaissais personne, et j'en ai profité pour faire la tabula rasa dont je rêvais. Je me suis mise à écouter clandestinement Radio Salü, j'ai découvert Madonna, Eiffel 65, Linkin Park et Robbie Williams, puis le rap, le shit et les Air Max (achetées avec de l'argent volé à ma mère) (pardon maman). Manque de bol, j'avais compris un truc de travers : pour une fille, c'était cool d'être amoureuse d'Eminem. Moi, je voulais être Eminem. Je m'entraînais à dire ses textes, je me suis coupé les cheveux court et j'ai arrêté de nouer les lacets de mes chaussures. C'est à ce moment-là que les choses ont commencé à se compliquer : avant, j'étais la première de la classe qui remportait les concours de lecture et dont le pantalon en velours côtelé était toujours trop court, j'étais facile à cataloguer. Mais là, avec mon pull Royal Wear et mes partitions de Beethoven sous le bras, j'envoyais des signaux contradictoires. Au cours du lycée et, plus tard, à la fac, j'ai été comme une éponge, absorbant du manga par ci, des Chants de Maldoror par là, me passionnant aussi bien pour l'apprentissage du latin que pour la musique des Dead Kennedys ou de Vitalic. Je ne comprenais pas les lois tacites qui disaient que les monomaniaques du jazz ne se mélangeaient pas avec les métalleux, et je ne comprenais pas cet acharnement que mettaient les métalleux à adopter tout un attirail qui les rendait immédiatement identifiables comme métalleux.
Aujourd'hui, si pas mal de choses ont changé dans mes centres d'intérêt (j'ai pris de la distance avec Rohff, par exemple), je continue d'amonceler les trucs contradictoires ; je suis prof de piano classique, je bosse chez Brain Magazine, je fais de l'illustration de temps en temps, je collectionne les gifs, je joue du synthétiseur dans un groupe, je porte parfois des vêtements assez ennuyeux, mais parfois aussi un justaucorps à paillettes, il m'arrive de passer la nuit et le matin et l'aprem et puis de nouveau la nuit en club, parfois je ne bois que de l'eau quand je sors, parfois des litres de bière et de schnaps bon marché, je me soigne à l'homéopathie et j'aime bien les légumes, mais j'ai aussi des tendances boulimiques avec le pâté et les Dinosaurus, j'aime me lever tôt pour travailler et j'aime aussi regarder des vidéos jusqu'au lever du soleil en fumant plein de cigarettes. Je suis mes envies et j'ai arrêté d'essayer de ressembler à des gens. Tout va bien, donc, quel bel épilogue, quelle ode admirable à l'éclectisme !
Oui, tout irait bien s'il n'y avait pas tous ces gens que je rencontre et qui se sentent obligés de me faire partager leurs verdicts sur ma personne. Toi à qui je parle cinq minutes dans une file d'attente et qui me dis "Tu as l'air d'une fille vraiment équilibrée", toi qui m'as vue en concert avec mon groupe et qui me dis "C'était vraiment cool, j'imaginais pas qu'une fille comme toi faisait ce genre de musique", toi qui me rencontres après avoir lu mon blog et me dis en cachant mal ta déception "Je t'imaginais moins sage", toi qui me retrouves avec stupeur dans un festival techno et me dis "Ah tu vas en club toi ? Je pensais que tu étais plutôt indie rock" alors que tu ne sais rien de moi, toi qui me refuses un stage de journalisme sous prétexte que tu as déjà eu une stagiaire qui venait de la musique classique et que ça s'est très mal passé, toi qui traînes dans les parages de mon cercle d'amis et qui me snobes pendant des mois jusqu'à ce soir où, complètement bourré, tu daignes m'adresser la parole, on discute jusqu'à l'aube, et tu finis par me prendre dans tes bras en disant "C'est fou, t'as un style tellement random, mais à l'intérieur de toi, c'est une mine d'or", et puis vous tous à qui je dis que j'aime ceci ou cela, et qui me répondez : "Ah bon, toi t'aimes ça ?". Alors oui, on se fait tous une cartographie express des gens qu'on rencontre, souvent fondée sur pas grand'chose, une marque de chaussures, un tic de langage. Mais putain, est-ce qu'il y a là de quoi se vanter ? Est-ce que je me permets de dire "Je t'imaginais vachement moins coincé du cul!" ou bien "Avec tes fringues de pouffiasse, j'aurais pas cru que tu t'intéressais à Rembrandt!" ou encore "C'est dingue, j'aurais jamais pensé qu'un mec comme toi pourrait avoir une thèse!" ? Sans même parler du manque de tact, vous ne vous sentez pas un tout petit peu concon de claironner vos jugements à l'emporte-pièce en ayant, par dessus le marché, l'impression de me faire un compliment ? Pensez ce que vous voulez, faites des catégories si ça vous aide à comprendre le monde, mais s'il vous plait, essayez de garder ça pour vous, merci.
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| L'auteure, mécontente de sa robe ringarde (1993) |
Plus tard, j'ai changé de collège pour un établissement dans lequel je ne connaissais personne, et j'en ai profité pour faire la tabula rasa dont je rêvais. Je me suis mise à écouter clandestinement Radio Salü, j'ai découvert Madonna, Eiffel 65, Linkin Park et Robbie Williams, puis le rap, le shit et les Air Max (achetées avec de l'argent volé à ma mère) (pardon maman). Manque de bol, j'avais compris un truc de travers : pour une fille, c'était cool d'être amoureuse d'Eminem. Moi, je voulais être Eminem. Je m'entraînais à dire ses textes, je me suis coupé les cheveux court et j'ai arrêté de nouer les lacets de mes chaussures. C'est à ce moment-là que les choses ont commencé à se compliquer : avant, j'étais la première de la classe qui remportait les concours de lecture et dont le pantalon en velours côtelé était toujours trop court, j'étais facile à cataloguer. Mais là, avec mon pull Royal Wear et mes partitions de Beethoven sous le bras, j'envoyais des signaux contradictoires. Au cours du lycée et, plus tard, à la fac, j'ai été comme une éponge, absorbant du manga par ci, des Chants de Maldoror par là, me passionnant aussi bien pour l'apprentissage du latin que pour la musique des Dead Kennedys ou de Vitalic. Je ne comprenais pas les lois tacites qui disaient que les monomaniaques du jazz ne se mélangeaient pas avec les métalleux, et je ne comprenais pas cet acharnement que mettaient les métalleux à adopter tout un attirail qui les rendait immédiatement identifiables comme métalleux.
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| Don't judge a book by its cover |
Aujourd'hui, si pas mal de choses ont changé dans mes centres d'intérêt (j'ai pris de la distance avec Rohff, par exemple), je continue d'amonceler les trucs contradictoires ; je suis prof de piano classique, je bosse chez Brain Magazine, je fais de l'illustration de temps en temps, je collectionne les gifs, je joue du synthétiseur dans un groupe, je porte parfois des vêtements assez ennuyeux, mais parfois aussi un justaucorps à paillettes, il m'arrive de passer la nuit et le matin et l'aprem et puis de nouveau la nuit en club, parfois je ne bois que de l'eau quand je sors, parfois des litres de bière et de schnaps bon marché, je me soigne à l'homéopathie et j'aime bien les légumes, mais j'ai aussi des tendances boulimiques avec le pâté et les Dinosaurus, j'aime me lever tôt pour travailler et j'aime aussi regarder des vidéos jusqu'au lever du soleil en fumant plein de cigarettes. Je suis mes envies et j'ai arrêté d'essayer de ressembler à des gens. Tout va bien, donc, quel bel épilogue, quelle ode admirable à l'éclectisme !
Oui, tout irait bien s'il n'y avait pas tous ces gens que je rencontre et qui se sentent obligés de me faire partager leurs verdicts sur ma personne. Toi à qui je parle cinq minutes dans une file d'attente et qui me dis "Tu as l'air d'une fille vraiment équilibrée", toi qui m'as vue en concert avec mon groupe et qui me dis "C'était vraiment cool, j'imaginais pas qu'une fille comme toi faisait ce genre de musique", toi qui me rencontres après avoir lu mon blog et me dis en cachant mal ta déception "Je t'imaginais moins sage", toi qui me retrouves avec stupeur dans un festival techno et me dis "Ah tu vas en club toi ? Je pensais que tu étais plutôt indie rock" alors que tu ne sais rien de moi, toi qui me refuses un stage de journalisme sous prétexte que tu as déjà eu une stagiaire qui venait de la musique classique et que ça s'est très mal passé, toi qui traînes dans les parages de mon cercle d'amis et qui me snobes pendant des mois jusqu'à ce soir où, complètement bourré, tu daignes m'adresser la parole, on discute jusqu'à l'aube, et tu finis par me prendre dans tes bras en disant "C'est fou, t'as un style tellement random, mais à l'intérieur de toi, c'est une mine d'or", et puis vous tous à qui je dis que j'aime ceci ou cela, et qui me répondez : "Ah bon, toi t'aimes ça ?". Alors oui, on se fait tous une cartographie express des gens qu'on rencontre, souvent fondée sur pas grand'chose, une marque de chaussures, un tic de langage. Mais putain, est-ce qu'il y a là de quoi se vanter ? Est-ce que je me permets de dire "Je t'imaginais vachement moins coincé du cul!" ou bien "Avec tes fringues de pouffiasse, j'aurais pas cru que tu t'intéressais à Rembrandt!" ou encore "C'est dingue, j'aurais jamais pensé qu'un mec comme toi pourrait avoir une thèse!" ? Sans même parler du manque de tact, vous ne vous sentez pas un tout petit peu concon de claironner vos jugements à l'emporte-pièce en ayant, par dessus le marché, l'impression de me faire un compliment ? Pensez ce que vous voulez, faites des catégories si ça vous aide à comprendre le monde, mais s'il vous plait, essayez de garder ça pour vous, merci.
Wow, truc de ouf, j'aurais pas cru qu'un mec gaulé comme toi
Mots-clefs :
colère,
quotidien,
ras le cul
mardi 24 février 2015
Tous les cris, les SOS
Coucou les galapiats, parait que Google va mener une vaste opération de purification sur Blogger dès le 23 mars pour en éradiquer toutes traces de teub et de boobs. Je me trouve donc en face d'un dilemme bien cruel : migrer vers une autre plateforme (et donc perdre à jamais ce layout chatoyant que j'ai passé de nombreuses heures à façonner pendant mon temps de sommeil) ou virer non seulement la petite mascotte qui mène à ma page Facebook mais aussi les autres choses un peu cracra qui traînent sur mon blog.
Alors je fais quoi ? (un seul choix possible)
a) Je migre et je me démerde
b) Je migre et tu as plein de gentils conseils à me donner dans l'espace commentaires, et peut-être même que tu as envie de faire tout ça pour moi ou que tu as un cousin au chômage qui s'ennuie et qui aurait envie de me transvaser tout ce merdier sur Wordpress et de me faire un ravalement de façade tant qu'on y est parce que là j'ai vraiment pas le temps
c) Je vire uniquement la mascotte et je prie pour que Google ne trouve pas le reste
d) Je vire les cochoncetés et je fais des vidéos de haul à la place
La personne qui m'apportera la réponse la plus sensée remportera un grand cadeau prestige dont je ne peux pas encore dévoiler la nature, mais je vous assure que ça vaut le coup.
Alors je fais quoi ? (un seul choix possible)
a) Je migre et je me démerde
b) Je migre et tu as plein de gentils conseils à me donner dans l'espace commentaires, et peut-être même que tu as envie de faire tout ça pour moi ou que tu as un cousin au chômage qui s'ennuie et qui aurait envie de me transvaser tout ce merdier sur Wordpress et de me faire un ravalement de façade tant qu'on y est parce que là j'ai vraiment pas le temps
c) Je vire uniquement la mascotte et je prie pour que Google ne trouve pas le reste
d) Je vire les cochoncetés et je fais des vidéos de haul à la place
La personne qui m'apportera la réponse la plus sensée remportera un grand cadeau prestige dont je ne peux pas encore dévoiler la nature, mais je vous assure que ça vaut le coup.
J'attends vos réponses avec impatience
vendredi 2 janvier 2015
L'énième retour

Une semaine passée à lire le Républicain Lorrain, à dessiner du coït entre licornes et culs-de-jatte, à feuilleter des livres sur Giotto et les Vierges noires, à manger des bredele et à réécouter au calme les monceaux de musique que j'ai découverts pendant ces trois mois à Paris. Je suis de retour à Berlin, et pas mal de choses plutôt chouettasses se profilent à l'horizon.


(c) Yuro Chain
mardi 11 novembre 2014
Une soirée en immersion dans le monde fabuleux des écoles de commerce
Un soir de semaine frisquet à Paris.
Je porte mon plus beau pull à paillettes, mes grosses lunettes et du
rouge à lèvres dans l'espoir de détourner l'attention de mon
menton dévoré depuis samedi par une inquiétante et spectaculaire poussée
d'acné – je ne sais si je dois incriminer les excès conjugués de
café et de tartines au Nutella premier prix ou une fantaisie
hormonale liée au stress. J'ai beau m'être tartiné le menton
d'anti-cernes, je suis persuadée que même dans la pénombre, toute
la ville n'a d'yeux que pour mes furoncles.
J'arrive dans un bar du 11ème au décor
laborieusement rococo. Les lustres dégueulent de pampilles, les murs
sont chargés de peintures à l'huile et le prix des pintes frise
l'indécence. Je suis invitée par les associations étudiantes des
grandes écoles de commerce parisiennes qui organisent ce soir un
concert-tremplin pour cinq groupes dont l'un se verra offrir une
interview avec mon magazine, une séance de photos et
l'enregistrement d'un album. Je suis le jury. L'un des organisateurs
me tient la jambe au bar, un jeune garçon asiatique bien peigné,
peau nette, lunettes carrées, t-shirt repassé. Il s'obstine à me
dire « vous » tout en affichant une incroyable
décontraction dans le small-talk, riant comme il faut aux blagues
dont j'essaye de d'agrémenter mes réponses à ses questions
génériques.
Le lieu se remplit doucement d'une
faune blanche et proprette tandis que je bois à toutes petites
gorgées une bière payée de ma poche - « désolé, on n'a pas
de budget prévu pour le jury, déjà les bières backstage pour les
artistes c'était limite, j'espère que ça va aller ? »
Non, ça va pas, mais j'ai soif, connard. Des grappes de filles aux
fines attaches, vêtues de voiles de soie et de maille fine, viennent
lui faire la bise en poussant des petits cris de souris. Je m’assois
à une table au fond du bar. L'air s'épaissit, le premier concert va commencer. Rapides présentations avec les autres membres du jury,
une jolie fille à l'épaisse crinière noire et un garçon aux yeux
doux. La foule les emporte, je reste coincée sur ma banquette avec
ma bière tiède. Le leader du groupe, une formation reggea-bonne
humeur, danse sur une jambe, ponctuant ses chansons de remerciements
à l'équipe technique, à son guitariste, au balafon (« Le
balafon, écoutez bien, Paris, un instrument africain ! Vous
entendrez pas ça tous les jours ! Le balafon, ouais ! »)
aux ondes positives du bar et à la vie. Une bande de grands dadais
en polos rentrés dans leurs pantalons vient se poster devant moi, me
bouchant la vue de leurs larges culs empotés. Ils dansent lourdement
d'un pied sur l'autre en faisant des mouvements de bras aléatoires,
gracieux comme les morceaux de viande qu'agite le gardien de zoo au
bout de sa pique sous le nez des ours bruns. Je m'extirpe
difficilement de mon enclave pour aller fumer une clope et me fais
alpaguer par un petit gars à tête de fouine qui me susurre « J'aime
bien ta chemise ». Je lui réponds que moi aussi et poursuis
mon chemin. Il me rattrape pour ajouter, l'air mauvais : « Ah
ouais, ben en fait, je crois que t'es la seule personne ici à aimer
ta chemise ». Ça tombe bien, lui dis-je, je suis heureuse
qu'elle ne fasse pas l'unanimité. Je sors mon paquet de clopes de ma
poche. L'avorton me demande : « Tu m'en passes une ? ».
Estomaquée par ce culot infect, je refuse, évidemment. Sortie. Je
suis seule avec ma cigarette au milieu des groupes qui pépient à
qui-mieux-mieux sur la chaussée et sens à ma droite les regards
méprisants de la fouine qui a retrouvé ses copains à mèches
déstructurées et leur murmure probablement des saloperies sur mon
compte. Je m'en fous, je suis le jury.
La soirée continue avec un
groupe d'obédience Kill The Young (moyenne d'âge : 15 ans)
dont le guitariste nain pète une corde après le troisième morceau.
La mère du chanteur s'est installée à côté de moi et se retourne
toutes les deux minutes pour tenter de me soudoyer avec des anecdotes
touchantes – telle chanson parle du père décédé de machin,
telle chanson a « vraiment un gros background si on écoute
bien les paroles », et puis là-bas, la dame qui tape dans ses
mains, c'est la mère du bassiste. Exaspérée par la mère bien
intentionnée et le manque d'alcool, je me faufile à grand peine
vers un autre coin de la salle. Partout les mêmes faciès, sourires
larges, bises et embrassades exagérément chaleureuses, « ma
chérie » par ci, « ma belle » par là. Les filles
secouent leurs cheveux propres et tapotent de leurs longs doigts
délicatement vernis sur des iPhones en housses de cuir. Au milieu de
la foule, le seul gars basané de la soirée porte un pull V pour
Vendetta par dessus sa jolie chemisette bleu pâle. Les groupes se
succèdent, inégaux – peu après minuit, à l'issue du dernier
concert (d'insupportables bellâtres à bretelles dont le leader,
sorte de Charlie Winston fini à la pisse, a tout une rangée de
groupies suspendues aux poils de son torse hispanique), nous trouvons
un consensus, les vainqueurs sont acclamés et, enfin, je peux
m'échapper de cet enfer. Je m'apprête à franchir la porte quand
ressurgit face de fouine, saoul comme un cochon. Il me barre le
passage et approche son visage à un centimètre du mien, me
demandant s'il peut m'ajouter sur Facebook. J'essaye de me
débarrasser de lui en racontant des histoires de rosicrucistes, mais
il ne lâche pas prise. Sous la pression, je lui donne mon numéro.
Tandis qu'il cherche désespérément la touche verte de son
téléphone pour faire sonner le mien, je prends la fuite.
Allez, remettons-nous ensemble de ce bal de têtes de cons avec de la bonne musique.
Mots-clefs :
concours,
écoles de commerce,
HEC,
quotidien
samedi 1 novembre 2014
FIAC 2014 - Le jour où j'ai failli faire le buzz.
Coucou les cacas - je m'adresse à ceux d'entre vous qui vivent dans un pays où la Toussaint est un jour férié et dont je suppose que vous êtes comme moi en pyjama taché de chocolat, terrés sous votre couette à manger du simili-muesli Leader Price tout ramollo et plein de sucres raffinés alors qu'il est 15h et que le soleil vous nargue comme un gros fils de pute. Vous les nazes, les mous, les flemmards, je vais vous raconter mon lundi de la lose.
Lundi dernier, donc, c'était le démontage de la FIAC au Grand Palais . Le garçon avec qui je partage mon lit, ma machine à laver et, occasionnellement, des dîners à base de pasta (je ne peux pas dire pâtes ou nouilles, non, c'est bien plus noble que ça : ce garçon met des poireaux et des pommes de terre dans l'eau juste pour donner du goût à l'eau) et de vin rouge, m'annonce qu'il va aller prêter main forte à des connaissances de connaissances d'un ami pour décrocher les machins d'une galerie qui exposait à la foire. A 9h, alors que je suis en train de prendre mon petit-déjeuner de bobo à base de lait végétal, de Libé et de vue sur la Tour Eiffel, je reçois un sms :
Lundi dernier, donc, c'était le démontage de la FIAC au Grand Palais . Le garçon avec qui je partage mon lit, ma machine à laver et, occasionnellement, des dîners à base de pasta (je ne peux pas dire pâtes ou nouilles, non, c'est bien plus noble que ça : ce garçon met des poireaux et des pommes de terre dans l'eau juste pour donner du goût à l'eau) et de vin rouge, m'annonce qu'il va aller prêter main forte à des connaissances de connaissances d'un ami pour décrocher les machins d'une galerie qui exposait à la foire. A 9h, alors que je suis en train de prendre mon petit-déjeuner de bobo à base de lait végétal, de Libé et de vue sur la Tour Eiffel, je reçois un sms :
si tu as un peu de courage, c'est facile d'entrer. tu vas à l'entrée principale et tu dis que tu es là pour démonter. tu vas au desk avec ta carte d'identité, tu inventes un nom de stand et ils te font un pass. personne n'est au courant de quoi que ce soit ici.
Il y a des moments où ce genre de message déclenche en moi des incendies, comme si toutes mes entrailles étaient tapissées de poix, et je me rue sans trop réfléchir sur l'occasion, attirée par la perspective de faire un truc grisant et rigolo. Là, non. Je venais de me lever, il fallait que je sois au travail à 11h, je m'étais mentalement préparé une petite liste de choses à faire avant de partir (me sécher les cheveux, nettoyer une tache sur mon sweat gris, jouer une mazurka, écrire des mails à des gens, dessiner un policier) et l'idée d'envoyer valdinguer tout ça m'embêtait plus qu'autre chose. Puis j'ai relu le sms. Il s'ouvrait sur "si tu as un peu de courage". Je me suis sentie piquée. Si je n'y vais pas, il va penser que je n'ai pas de courage. Si je n'y vais pas, ça voudra dire que je préfère exécuter des listes de tâches ménagères plutôt que de partir à l'aventure. Mais en fait, là, si je regarde en moi et que je suis honnête, je n'ai vraiment pas envie de partir à l'aventure. Putain, j'ai perdu ma spontanéité. Le travail à horaires réglés est en train de faire de moi quelqu'un de chiant. C'est ça, je suis chiante. Ah, mais si j'allais m'infiltrer au Grand Palais, je pourrais peut-être en faire un article pour le magazine. Je pourrais me balader entre les œuvres d'art et prendre des selfies en faisant mine de chier dans une sculpture d'Ai Weiwei pour pointer du doigt les failles de sécurité dans cette foire de superstars bankables. Au moment où je me dis ça, le garçon m'envoie une photo : trois socles en bois sur lesquels sont posés trois pains de campagne enveloppés dans du papier alu. L'œuvre coûte 40 000€. Une idée fuse : je pourrais tourner un petit reportage en catimini avec mon téléphone et faire mine de subtiliser l'un de ces pains pour m'en faire des casse-croûtes. Évidemment, je ne saccagerais pas l'œuvre, et puis dieu sait depuis combien de temps ces pains - si tant est que ce soient de vrais pains - sont enveloppés là-dedans. Non, je bricolerais une contrefaçon avec le concours de ma boulangère. Ma mayonnaise cérébrale est en train de monter, j'enfile un jeans large, des boots, ma canadienne, et je laisse tomber Libé non sans arracher le dossier spécial FIAC, on ne sait jamais.
Dans le métro, je lis l'article et prends en note deux noms de galeries. Je répète mentalement : "Bonjour, je viens pour le décrochage. C'est pour Minotaure". Quand j'arrive à Champs-Elysées-Clemenceau, il est déjà 10h et demie. Mine de rien, toute cette fastidieuse pesée de pour et de contre dans ma cuisine a pris un temps fou et je suis censée être au bureau à 11h. Mais bon, ma rédac chef est une crème et je suis toujours à l'heure, je peux me permettre, pour une fois... Je longe le bâtiment, il fait grand soleil, j'ai trop chaud dans ma veste en mouton. Mais elle me donne la stature patibulaire d'une déménageuse d'art, si je l'enlève, tout le monde verra que je ne suis qu'une usurpatrice. Je demande à un premier gardien : "Pour le démontage de la FIAC, c'est où?" - il me demande : "Vous êtes de quelle boîte?" - et là, court-circuit. Je réponds : "Euh (regard à gauche), euh (regard vers le bas), euh (yeux fermés très fort et froncement de sourcils pour essayer de me souvenir), euh mimi, miiii MINOTAURE!" Heureusement, le vieil homme est lui même un peu à côté de la plaque, et puis il fait une tête de moins que moi, je suis sûre que je l'impressionne avec mon énorme veste en peau d'animal et mes gros godillots. Il m'indique l'entrée Sud. Je marche doucement vers la porte, le bâtiment est entouré de dizaines de camions, la rue est bloquée par des cars de police, le trottoir grouille de gens en salopette qui ont les bras pleins de paquets enveloppés dans du papier à bulles. Je monte l'escalier vers la porte tout en faisant semblant d'envoyer des sms pour ne pas trop avoir l'air de manigancer un mauvais coup. Je sue comme un porc. Mais j'y suis presque, je pense à cet article que je vais écrire sur mon imposture, peut-être qu'il sera relayé par d'autres médias, peut-être qu'il va circuler, peut-être qu'il va faire le buzz. Je suis dans le hall de l'entrée Sud du Grand Palais, et je viens d'employer le mot buzz. Liquéfaction. Même quand je fais n'importe quoi, il y a certains principes sacrés plantés comme des pylônes dans ma conscience : ne pas faire l'amour quand je n'ai pas envie, ne jamais rien acheter dans un magasin Primark, toujours me démaquiller avant d'aller me coucher (et ce même si je suis ivre morte), ne pas véhiculer de vidéos virales et ne pas agir (écrire, dessiner) par motivation de faire du buzz. Et puis ce mot me fout la gerbe, j'y associe de la merde (buzz/bouse), des mecs défoncés et sales ("fumer des buzz avec Manu derrière le gymnase" - les images de fumette entre lycéens se superposant automatiquement avec des scènes de branlette collective sur des canapés défraîchis en velours côtelé pleins de miettes de chips) et la voix de Mickaël Youn (La Beuze, film préféré des gars en LEP qui se mettaient sur la banquette arrière dans le bus et cramaient les poignées des sièges avec leurs briquets quand le chauffeur refusait de mettre le Morning de Cauet à la radio). Bref, le buzz, c'est Satan. Soulagée par cette reprise de conscience qui justifiait et excusait ma couardise, j'ai enfin pu ouvrir mon manteau et suis allée musarder un peu au bord de la Seine avant de reprendre le métro pour aller au turbin.
dimanche 19 octobre 2014
mercredi 15 octobre 2014
Recontextualisation
Ne vous en faites pas, c'est pas pour toujours. Dès que les pintes à 5,50€ en Happy Hours auront eu raison de mon Livret Bleu, dès que j'aurai fini de jouer à la rock star en faisant des illustrations non rémunérées pour des magazines qui écrivent à la première personne et dès que ma directrice de mémoire aura retrouvé ma trace, je reviendrai prendre possession de mon vaste loft berlinois meublé de formica.
D'ici là, je vais me déguiser en blogueuse parisienne, et peut-être qu'avec un peu de chance je réussirai moi aussi, enfin, à me faire offrir des voyages en Polynésie.
On se revoit vite les filles, je vous aime très fort ! Cœur avec les doigts ;p
mardi 28 janvier 2014
Apologie du croissant en tant que condition sine qua non du bonheur humain
La foule massée sur le quai de la
S-Bahn tremblote en chœur, les anoraks hors de prix et les panoplies
de sous-vêtements en tissus technologiques ne parviennent pas à
isoler complètement les organismes du vent âcre qui souffle dans le
hall de la gare d'Alexanderplatz. Sur les grandes baies vitrées, l'épaisse couche de crasse qui obstrue la vue est parsemée de
vastes plaques de givre dont la blancheur éclaire le quai d'une lumière inhabituelle.
Il fait -12°C, l'hiver est arrivé à
Berlin.
Une jeune femme debout à côté de moi vient de s'acheter un croissant, elle tient précautionneusement le petit sac en papier entre ses moufles et en observe le contenu avec les yeux qui salivent. Le bas de son visage est enfoui dans une écharpe noire pelée en polaire, sous la veste de ski rigide, on devine la cage thoracique creusée, les épaules rentrées, le petit ventre plat, le bassin étroit. La S-Bahn arrive dans une bourrasque de vent glacial et soulève les longs cheveux légers de la jolie petite chose qui vient frotter son nez du bout des moufles avec un geste de raton-laveur. Elle entre dans la rame d'un pas fragile en fixant intensément le sol comme s'il risquait de s'y trouver quelque bestiole en voie d'extinction, et vient s'asseoir en face de moi. Le train démarre, la jeune fille enlève ses gants. De ses maigres mains rougies par le froid (ou peut-être un TOC hygiéniste ? ), elle ouvre le sachet pour en extirper une extrémité de son croissant. Et là où toute personne affamée et transie se serait jetée goulûment sur cette miraculeuse source de gras et de sucre, la petite chose phasmatique arrache à présent un morceau de croissant du bout des doigts puis le dépose sur le bout de la langue, le mastique consciencieusement et, au moment d'avaler, rentre la tête dans sa vilaine écharpe noire d'un air coupable. Chaque bouchée qu'elle arrache au croissant semble lui coûter une énergie considérable, elle ne se sert que de son pouce et de son index et, dans l'effort, ses autres doigts se replient selon un angle ridicule, comme des brindilles sous l'effet d'une trop grande chaleur.
Ah ma pauvre, comme tu as du te sentir
dévisagée dans ton festin d'oisillon ! Mais c'était plus fort
que moi, à la fois fascinée et horripilée, je ne pouvais pas
détacher mon regard de ce spectacle miniature. J'ai essayé de ne
pas te haïr, de te prendre en pitié, plutôt, car quelle tristesse
que ta condition de fille qui ne mord pas dans les aliments !
Songe-donc à ces huit incisives et ces quatre canines (quelles
belles dents, les canines ! ) sacrifiées sur l'autel de la
coquetterie ! Quel gâchis ! Oh comme j'aurais aimé te
conter tous les plaisirs dont tu te prives ainsi, triste sotte !
Mais mal embouchée que j'étais, du fiel plein la tête et l'estomac
au bord des lèvres, tout ce que j'ai su faire, c'est te jeter des
regards dédaigneux et maudire ton engeance, celle des filles
mignonnes qui picorent, qui commandent une salade au restau italien,
qui, quand elles ont bu une pina colada et prennent des photos délire
avec leur bestah, ont deux grimaces à leur répertoire :
loucher et tirer la langue (mais pas trop), ces filles qui portent
leur bonnet mou sur l'arrière du crâne pour mettre le joli ovale de
leur visage en valeur, qui éternuent par le nez avec un petit bruit
de chiot (d'ailleurs, ces filles ont toujours des petits nez ! ), qui
pensent que savoir endurer les douleurs menstruelles et l'épilateur
électrique fait d'elles des femmes fortes mais considèrent qu'en
contrepartie de ça, elles méritent d'être traitées comme des
princesses par leur mec (ne riez pas ! Je vous jure que
j'entends ce genre de discours même parmi des gens très
instruits ! ), qui t'assurent que le lait de riz c'est meilleur que le
lait de vache et qu'un bon tofu grillé ça vaut tous les steaks du
monde, bref, cette engeance dont j'ai une peur panique qu'elle me
happe dans son joli siphon depuis que j'ai appris que mon foie était
dans un sale état et qu'il fallait que je mette la pédale douce sur
la gnôle, la viande, le fromage et les gâteaux. Dites-moi, est-ce
que je vais moi aussi devenir mignonne si je change mon
alimentation ? Est-ce que le soja ramollit le caractère ?
Est-ce que c'est possible de danser toute la nuit sans vodka maté ?
Est-ce qu'une nourriture saine diminue le capital sympathie ?
Les amis, j'ai peur.
Edith : Aristote, dans sa Poétique, me fait signe qu'il n'est pas trop d'accord avec ma vision des choses :
"S'agissant des caractères, il faut viser quatre objectifs.Le premier est qu'ils soient bons. Comme on l'a dit, il y aura un caractère si les paroles ou les actes révèlent une détermination. Le caractère sera bon si cette détermination est bonne. Cela est possible pour chaque genre de personnage, car une femme aussi peut être bonne, et aussi un esclave, même si, de ces deux genres, l'un est plutôt inférieur, et l'autre tout à fait.
Le deuxième objectif est la convenance du caractère. On peut donner la virilité comme caractère à un personnage, mais il ne convient pas à une femme d'être trop virile ou trop intelligente."
mardi 21 janvier 2014
Tentative de réanimation de la flamme
Cohabitation forcée avec pléthore de bouquins écrits par des gens aux noms à coucher dehors - je soupçonne les théoriciens de la pédagogie musicale allemande de s'être lancés dans ce domaine en réaction aux brimades subies dans la cour de récréation durant toute leur scolarité. Non mais Sigrid Abel-Struth, Ulrike Klees-Dacheneder, Friedeman Schulz von Thun, Karl Heinrich Ehrenforth, seriously ??
J-22 avant d'envoyer valdinguer à tout jamais cette smala de handicapés patronymiques et leurs écrits qui sentent les sphincters pincés. D'ailleurs, en parlant de sphincters, j'ai gribouillé un truc à la bibliothèque pour faire une pause entre deux textes où ça se disputait sévère sur le thème de l'apprentissage par l'imitation, c'est l'histoire de Henrik qui veut ranimer sa flamme à Jana avec un petit cadeau, mais Henrik n'est pas doué pour les cadeaux.


Voilà, pardon, je retourne au travail. Faut juste encore que je te dise que je suis obsédée par ça depuis vendredi, ces petits klaxons me rendent chèvre, c'est merveilleux :
J-22 avant d'envoyer valdinguer à tout jamais cette smala de handicapés patronymiques et leurs écrits qui sentent les sphincters pincés. D'ailleurs, en parlant de sphincters, j'ai gribouillé un truc à la bibliothèque pour faire une pause entre deux textes où ça se disputait sévère sur le thème de l'apprentissage par l'imitation, c'est l'histoire de Henrik qui veut ranimer sa flamme à Jana avec un petit cadeau, mais Henrik n'est pas doué pour les cadeaux.
Voilà, pardon, je retourne au travail. Faut juste encore que je te dise que je suis obsédée par ça depuis vendredi, ces petits klaxons me rendent chèvre, c'est merveilleux :
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dimanche 12 janvier 2014
mercredi 25 décembre 2013
L'éducation sentimentale, ou : comment venir à bout des boîtes. Episode 3.
Suite et fin de la série. Si tu prends l'histoire en cours, voilà l'épisode 1 et l'épisode 2.
* pardon pour la faute de conjugaison sur la dernière image, mais j'ai plus la force de corriger. Donc : "les vagues connaissances qui m'ont aidée". Hop.
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mardi 24 décembre 2013
dimanche 22 décembre 2013
L'éducation sentimentale, ou : comment venir à bout des boîtes. Episode 1.
Coucou les caribous, comme j'ai une quantité pharaonique de boulot pour la fac, j'ai décidé de
(à suivre)
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Reiser
jeudi 7 novembre 2013
L'automne à Berlin - jour 7 (fin)
Mes chers petits potimarrons, cette semaine d'articles quotidiens m'a épuisée. Je suis séchée, j'ai plus rien à dire. C'était une chouette expérience, mais c'est tout de même pas humain, ce rythme. Dans le bus, j'ai béni l'apparition de cette jeune femme qui m'offrait sur un plateau le sujet de mon dernier article, mais je suis profondément contrariée (et même, j'ai un peu honte) de n'en avoir chié que ce dessin tout pourri. Se limiter à une demi-heure pour chaque article et trouver quand même quelque chose à raconter tous les jours, c'est coton comme contrainte, faut pas croire.
Alors maintenant, si vous permettez, je vais aller dormir pendant quelques jours, me consacrer à la lecture d'innombrables textes abscons pour mes examens, m'occuper un peu mieux de mes élèves, regarder un peu plus de documentaires, laver plus régulièrement ma vaisselle, faire preuve d'humilité intellectuelle, prendre un bain de pieds, manger plus de chou-rave (découverte gustative de la semaine, le chou-rave. Mangez plus de chou-rave, les amis. Le chou-rave, c'est plaisir, c'est fondance, oui, on peut presque dire que c'est volupté) (tu le laisses barboter une dizaines de minutes dans l'eau bouillante, puis tu le fais revenir à la cocotte dans du beurre et de la chapelure), me vernir enfin les ongles, puis j'irai danser en faisant soigneusement abstraction du fait que je ne sais pas danser, et ensuite, peut-être que j'aurai de nouveau des choses à raconter.
Alors d'ici là, je vous vaporise des bécots en bruine et je vous dis à plus.
Le T-shirt dit : GALLINACÉ FRAIS
L'affiche dit : Un homme sur cinq est concerné. JOUIRPLUSTARD.DE
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Späterkommen
mercredi 6 novembre 2013
L'automne à Berlin - jour 6
Lundi soir, un sale petit crachin dégueulasse tombait sur la ville, celui qui te rentre sous la capuche et te fait froid partout quelle que soit la somme des gilets que tu empiles, accompagné de sa meilleure pote la brise chafouine qui fait en sorte que l'humidité pénètre bien profond tes poumons pour te coller la phtisie (oui oui, dans mon village on dit que la phtisie s'attrape par les courants d'air humide). Ajoutons à cela que la nuit était tombée à 16h30, que j'avais été assommée toute la matinée par un atroce mal de ventre (voir épisode 4) et que j'avais fait une très-contrariante tache de soupe de potiron sur mon slim bleu ciel, j'étais donc dans les meilleures dispositions pour aller au concert d'Albrecht Mayer et des King's Singers au Gretchen le soir même. Mon ami Oussama m'avait agité sous le nez les billets en me promettant qu'on allait bien s'amuser "parce que c'est un club", et, pauvre étudiante que je suis, je n'ai évidemment pas su résister aux sirènes de la gratuité.
En route donc pour le Gretchen, une boîte de Kreuzberg dont j'avais à de maintes reprises vu fleurir le nom sur des affiches et des flyers, et où je n'avais encore jamais mis les pieds (rappel : je ne vais danser que dans des caves). La soirée était organisée par Universal/Deutsche Grammophon dans la série Yellow Lounge dont l'étrange credo est de faire entrer la musique classique dans les boîtes de nuit. La guestlist est longue comme le bras, c'est à se demander s'il y a quelqu'un dans la salle qui a effectivement déboursé 6€ pour cette blague. Le public est, selon moi, constitué d'amateurs de compils de musique d'ameublement qui écoutent du classique comme ils font du yoga et viennent là pour passer un afterwork trankil (et les King's Singers, c'est trankil comme musique, rappel), d'amateurs de classique qui méprisent la soupe des King's Singers mais viennent pour se montrer dans un club (=décontraction) et faire des rencontres, et de gens qui n'ont jamais entendu parler ni des King's Singers ni d'Albrecht Mayer et qui ont cru que c'étaient des DJs parce que le programme n'était pas traduit en anglais et que l'affiche avait l'air ironique.
Un DJ mixe des morceaux classiques en faisant des enchaînements à la truelle entre des trucs qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, le son est exécrable, ça grésille et la moindre intervention de cuivres détruit instantanément 45 cellules ciliées dans chacune des tes oreilles. Oussama tente de m'apaiser avec une bière et veut me persuader que cette série de concerts est une belle initiative, que ça fait découvrir la musique classique à un public qui n'y aurait pas accès, mais je reste butée, confortée dans ma position par l'observation des visages mous qui m'entourent. Vers 22h30, les chanteurs arrivent sur scène, suivis de près par un aveuglant costume blanc en satin dont émerge la tête joviale d'un Albrecht Mayer qui va probablement ramasser un maximum de blé pour cet album de Noël rempli des plus infâmes kitscheries. Je préfère imaginer qu'Albrecht, l'oboïste solo du Philharmonique de Berlin, fait la pute en jouant Greensleeves avec un ensemble vocal poussiéreux pour finir de payer sa maison de campagne plutôt que d'accepter qu'il puisse trouver une quelconque satisfaction musicale à cette triste collaboration.
L'atmosphère est tellement douillette que j'ai des pensées morbides, les réactions enthousiastes du public ne font qu'augmenter mon exaspération et je sombre définitivement dans le cynisme avec Let it snow, dont l'arrangement est savamment ponctué de petites blagounettes harmoniques, de clins d’œils et d'un grand numéro d'humour où Albrecht entame un solo interminable tandis que les chanteurs miment l'impatience avec force soupirs et yeux levés au ciel. C'est la goutte de sirop qui fait déborder le vase, je rentre me coucher.
Albrecht Mayer & The King's Singers, un album de Noël qui sent le sapin.
En route donc pour le Gretchen, une boîte de Kreuzberg dont j'avais à de maintes reprises vu fleurir le nom sur des affiches et des flyers, et où je n'avais encore jamais mis les pieds (rappel : je ne vais danser que dans des caves). La soirée était organisée par Universal/Deutsche Grammophon dans la série Yellow Lounge dont l'étrange credo est de faire entrer la musique classique dans les boîtes de nuit. La guestlist est longue comme le bras, c'est à se demander s'il y a quelqu'un dans la salle qui a effectivement déboursé 6€ pour cette blague. Le public est, selon moi, constitué d'amateurs de compils de musique d'ameublement qui écoutent du classique comme ils font du yoga et viennent là pour passer un afterwork trankil (et les King's Singers, c'est trankil comme musique, rappel), d'amateurs de classique qui méprisent la soupe des King's Singers mais viennent pour se montrer dans un club (=décontraction) et faire des rencontres, et de gens qui n'ont jamais entendu parler ni des King's Singers ni d'Albrecht Mayer et qui ont cru que c'étaient des DJs parce que le programme n'était pas traduit en anglais et que l'affiche avait l'air ironique.
Un DJ mixe des morceaux classiques en faisant des enchaînements à la truelle entre des trucs qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, le son est exécrable, ça grésille et la moindre intervention de cuivres détruit instantanément 45 cellules ciliées dans chacune des tes oreilles. Oussama tente de m'apaiser avec une bière et veut me persuader que cette série de concerts est une belle initiative, que ça fait découvrir la musique classique à un public qui n'y aurait pas accès, mais je reste butée, confortée dans ma position par l'observation des visages mous qui m'entourent. Vers 22h30, les chanteurs arrivent sur scène, suivis de près par un aveuglant costume blanc en satin dont émerge la tête joviale d'un Albrecht Mayer qui va probablement ramasser un maximum de blé pour cet album de Noël rempli des plus infâmes kitscheries. Je préfère imaginer qu'Albrecht, l'oboïste solo du Philharmonique de Berlin, fait la pute en jouant Greensleeves avec un ensemble vocal poussiéreux pour finir de payer sa maison de campagne plutôt que d'accepter qu'il puisse trouver une quelconque satisfaction musicale à cette triste collaboration.
L'atmosphère est tellement douillette que j'ai des pensées morbides, les réactions enthousiastes du public ne font qu'augmenter mon exaspération et je sombre définitivement dans le cynisme avec Let it snow, dont l'arrangement est savamment ponctué de petites blagounettes harmoniques, de clins d’œils et d'un grand numéro d'humour où Albrecht entame un solo interminable tandis que les chanteurs miment l'impatience avec force soupirs et yeux levés au ciel. C'est la goutte de sirop qui fait déborder le vase, je rentre me coucher.
Albrecht Mayer & The King's Singers, un album de Noël qui sent le sapin.
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Gretchen,
King's SIngers,
Let it snow,
noël,
quotidien
mardi 5 novembre 2013
L'automne à Berlin - jour 5
J'ai passé la journée calfeutrée chez moi à faire des tâches ménagères et du piano. Et voici l'ambiance sonore dans laquelle j'ai essayé de travailler :
Si vous voulez reproduire ça chez vous, voilà les fonds sonores. Je vous fais confiance pour le reste.
Si vous voulez reproduire ça chez vous, voilà les fonds sonores. Je vous fais confiance pour le reste.
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