Photo via @leitmedium
Soyons honnêtes, je n'ai jamais vraiment parlé de Berlin sur ce blog. J'ai dessiné des gens, des scènes, j'ai raconté quelques promenades mais, si mes souvenirs sont bons (corrigez-moi, vieux de la vieille, si je raconte n'importe quoi), je n'ai jamais vraiment relayé d'actu, de bons plans, de conseils de visites ou autres machins d'intérêt général que d'autres font beaucoup mieux que moi. Et puis ça ne m'intéresse pas. Je trouve que ça ne dit rien sur une ville. Le guide touristique, il ne parle pas des supermarchés, des soirées dans des apparts, des états d'âme de la boulangère (j'ai peur qu'elle ait encore pris un gros coup de vieux quand je rentrerai à Berlin. Elle se prend deux semaine de vacances par an dont elle revient toujours brun foncé, mais les rides sur son front continuent de se creuser trop vite) et des trajets en tram pour aller au lac. Je n'ai jamais été un relais d'actualités et je ne compte pas le devenir, on s'est bien compris.
Mais là, je ne peux pas m'empêcher. En découvrant ce matin sur Nerdcore que des proches de Blu avaient peint en noir les énormes personnages qui flanquaient les façades bordant ce terrain vague le long de la Spree, ma gorge s'est serrée. Ils faisaient partie de ces choses immuables, parties intégrantes du paysage devant lesquelles on passe sans même plus les questionner. Je ne les trouvais ni beaux, ni laids, je m'en foutais. Et maintenant qu'ils ont disparu, je me sens triste. Pas à cause du message que véhicule cette action (protester contre la construction, sur le terrain vague, d'un complexe immobilier et commercial qui aurait utilisé la vue sur ces peintures comme un argument de vente pour ses appartements très probablement hors de prix). Mais pour la destruction d'un morceau de beau souvenir. Comme beaucoup de gens, j'ai un souvenir de lever de soleil sur ce terrain vague. Rien d'exceptionnel, du déjà-vécu par plein d'autres avant et après moi. Mon souvenir, c'est une nuit d'été passée à me promener dans les rues de Friedrichshain avec un garçon, main dans la main, et dans l'autre, une bière, puis une autre, puis une autre. L'ivresse sur un terrain de jeu entouré de junkies. La découverte de la brèche dans cette palissade, au bord de la route. Le pipi salvateur dans les herbes hautes. Puis la découverte qu'il y avait d'autres gens derrière la palissade, et que le terrain vague débouchait sur l'eau. Nous nous sommes assis, le bâtiment d'en face clignotait de manière aléatoire, ma bouche était pâteuse d'un mélange pas très ragoûtant chips-bière-tabac, nous avons très peu parlé mais pensions à la même chose, il quittait la ville le lendemain, pour toujours. Le soleil s'est levé lentement, dévoilant la saleté, les mines fatiguées, les flaques de vomi, et j'ai découvert que nous étions au pied de ces personnages que j'avais tant de fois vus sans vraiment les regarder.
Les adieux ont été brefs, la douleur anesthésiée par les restes d'alcool, et la découverte qu'un morceau de décor de ce souvenir vient d'être peint en noir fait enfin sortir cette tristesse longtemps étouffée.






















